Le Pli

Exposition
À la fondation
15 novembre 2022 - 28 janvier 2023
Vernissage
14 novembre

« La texture de toute chose en, soi, hors de soi, se voit bouleverser de part en part. L’émotion peut faire nuance ou pli dans le tissu du monde, froissement provisoire ou déchirure à jamais » 1 

Le corps contemporain est souvent pensé en termes binaires : masculin ou féminin, martial ou vulnérable, puissant ou misérable. Le travail d’Alexandra Bircken (née en 1967), qui se développe dans le champ de l’art et celui de Lutz Huelle (née en 1966) dans celui de la mode, proposent d’autres représentations, qui inversent, voire font imploser les binarités. Ils questionnent chacun à leur manière, les archétypes, les hybridations, les hybridités et les mutations.  

Si Le Pli est la première exposition qui les réunit, Bircken et Huelle se sont tous deux rencontrés à l’adolescence. Jeunes créateurs à l’heure du développement du territoire européen, ils ont poursuivis leur chemin ensemble au prestigieux Central Saint Martins School of Art and Design de Londres dans les années 1990. Ils se sont ensuite installés l’un à Paris et l’autre à Cologne et Berlin, sans jamais cesser de communiquer et de partager. 

Alexandra Bircken a d’abord eu son propre label avec Alexander Faridi, avant de se consacrer à l’art au début des années 2000. Lutz Huelle a, quant à lui, d’abord travaillé chez le créateur anversois Martin Margiela, avant de lancer sa propre marque en 2000 avec son partenaire David Ballu.  

Cette invitation à des créateurs issus de deux champs artistiques distincts nous permet un dialogue rare entre des objets aux statuts différents, exposés dans un même lieu. Ce qui nous intéresse ici, au-delà de leur connivence et de leur amitié, c’est la mise en relation des différences et des similarités sensibles, esthétiques et politiques. A travers le pli, au sens formel et intellectuel du terme, nous abordons les notions d’intérieur et d’extérieur, de contenant et de contenu, d’intellect et de charnel. Si les objets sont différents, tout comme les processus créatifs qui les ont fait advenir, les sujets qui traversent leurs démarches ont de nombreux points communs. Tous deux considèrent, me semble t-il, la rue comme un des lieux de leur inspiration. C’est là où avec acuité ils observent et puisent des éléments qu’ils injectent dans leur travail. Le style, l’attitude, la fluidité des corps pour Lutz Huelle, le genre, l’analyse, la vulnérabilité pour Alexandra Bircken. Si leurs démarches ont un ADN commun, elles ont également des singularités fortes.  

Tous deux développent une relation essentielle aux matériaux. Cela se traduit chez Alexandra Bircken par un travail à forte « physicalité », dont les formes ont une plasticité puissante et directe. Ses oeuvres évoquent la mise au jour du fonctionnement d’un objet, son intimité, la manière dont il est construit ou assemblé, qu’il s’agisse d’un vêtement, d’une moto ou d’une arme à feu. Chacun d’entre eux a son mode d’emploi et ses caractéristiques, son identité, comme le corps possède son propre fonctionnement. Si elle a comme leitmotiv le traitement du corps et du vêtement, ses expérimentations avec les matières révèlent un intérêt pour l’étude du corps et de la peau en tant qu’organe, habit, structure cellulaire, frontière d’une grande vulnérabilité entre l’intérieur et l’extérieur. 

Chez Lutz Huelle, la mode est un véritable langage. Ses vêtements interrogent la construction et la déconstruction des archétypes. En posant une acuité nouvelle sur nos vestiaires, il hybride le connu et l’insolite, en utilisant une méthode copier/coller précise mais qui twiste. Ses vêtements sont des sortes de chimères : mi manteau-mi bomber, robe qui se dézippe en cache cœur, veste de tailleur à franges. Lutz habille des corps sportifs, non muselés, ni androgyne.  

Ce que Le Pli se propose d’exposer à travers les œuvres d’Alexandra Bircken et les créations de Lutz Huelle, c’est une certaine approche avant l’heure, des questions de genre, d’ouvertures des possibles, et des identités, notre perméabilité et notre pénétrabilité qui font de nous des humains. 

Claire Le Restif

1. Georges Didi-Huberman, « Le témoin jusqu’au bout : Une lecture de Victor Klemperer », Edition de Minuit, 2022.
Crédits : Alexandra Bircken, UZI, 2016, weapon, 2 parts, courtesy Ottmann Collection, Munich. Photo: Andy Keate 

 

  • Du 15 novembre 2022 au 28 janvier 2023
    Vernissage le 14 novembre à partir de 18:00
  • Fondation Pernod Ricard
    1 cours Paul Ricard
    75008 Paris
    0170932600
  • Horaires du lieu
    Entrée gratuite de 11h-19h du mardi au samedi. Nocturne le jeudi jusqu'à 21h
  • Métro :
    Métro : Gare St Lazare (lignes 3, 12, 13, 14)
    Parking :
    Parking St Lazare