over the top, undercover
Deuxième édition du Nouveau Programme
Vernissage le lundi 7 septembre à 18h
Arpentant la ville, les contours des objets, les spirales du langage et parfois celles de l’obsession, les œuvres de Jonathan Martin, R. Moreno et Clémence de La Tour du Pin négocient avec ce qui conditionne la perception. Chacun·e détecte et détourne des stratagèmes qui orientent le regard, canalisent le désir et les existences – pour venir rompre ou perturber l’automate. "Over the top, undercover" se branche à ces tensions dans le champ du sensible, à ses manipulations, son côté élastique. L’exposition fait apparaître en toutes choses la logique du maquillage, où ce qu’on rehausse dépend aussi de ce qu’on cherche à estomper. Les artistes regardent ainsi ce que les mises en scène camouflent, ce qu’elles expriment en code – les mécanismes de l’inconscient, de la dette, du délire.
Du travail de Jonathan Martin, on pourrait dire qu’il agit par des perturbations, des excitations contraires, à mi-chemin de l’euphorie et de la stase. Le vocabulaire glacé des médias, de la communication, de l’industrie musicale ou de l’entertainment y est tour à tour intensifié ou interrompu. Au travers de films, de pièces sonores, d’éditions, Jonathan Martin restructure le point de vue dans un rapport complice aux objets, une relation implosive au langage. Tout y est un peu électrique, parfois on edge : après ou au bord du climax.
Des mouvements d’extension et de limite traversent également les œuvres de Clémence de La Tour du Pin. Au moyen d’anamorphoses, de stratifications, l’artiste compose des assemblages où la matière se condense, parfois se fracture ; où les éléments s’accumulent en textures, se déchirent en motifs, et communiquent comme par des affections magnétiques. Clémence de La Tour du Pin travaille entre autres avec des archives historiques spécifiques, qui servent de points d’ancrage à différentes recherches : des images de particules subatomiques ou de complexes industriels pétroliers, qu’elle fait parfois entrer en dialogue avec des photographies personnelles, des fragments de clips vidéos ou d’icônes pop – autant de points d’entrée pour saisir comment la perception se constitue en un champ de forces.
La façon dont le pouvoir se représente, dont la domination se structure et parfois même se géométrise, forme également une des matrices du travail de R. Moreno. Par des trajectoires orbitales, des jeux de distorsions optiques et de collage, l’artiste confectionne des mondes glam et DIY (do-it-yourself), cosmétiques et robotiques, qui exhibent leurs ressorts, imaginent leurs propres révolutions. L’urbanité, l’identité, les relations et le langage y sont saisies comme des technologies ; toutes choses qui organisent l’expérience, qui s’automatisent et buggent, suggérant d’autres parts – latentes, idéelles – à l’existence.
"Over the top, undercover" a quelque chose d’un espionnage, inspectant ce qui se trame au-delà ou en creux des surfaces – dans les particules de l’air, le revers des vêtements, au-dedans des sacs à main. S’y retrouvent des visions suspectes, parfois dilatées ; des poèmes rotatifs, des trompe-l’œil en sous-texte. Certaines œuvres opèrent par fréquences, scannant l’espace par le son, créant des champs d’interférence d’un bout à l’autre du lieu – un white cube en surchauffe, où le lipstick se mêle à l’asphalte, à la matière grise. L’exposition va de lignes d’horizon en portes dérobées, vers ce qui structure le rapport au fantasme, au contrôle, au parasitage. Elle dérive ainsi jusqu’à l’indétectable : des opérations de séduction et de transfert, d’infestation et de court-circuit.
Salomé Burstein, commissaire de l'exposition
Image : © Des Signes