Exposition

24e Prix Fondation Pernod Ricard / Do You Believe in Ghosts?

Exposition du 12 septembre au 28 octobre 2023

Sous le nom de Do You Believe in Ghosts? le 24e Prix Fondation Pernod Ricard réunit 6 artistes invité·e·s par la commissaire d’exposition Fernanda Brenner. Fidèle à la nouvelle formule du prix établie en 2020, elle a conçu son projet en deux parties : le compagnonnage entre janvier et septembre 2023, et l’exposition en septembre-octobre 2023. 

Do You Believe in Ghosts?
(Croyez-vous aux fantômes ?)

Ce qui lie les six artistes participant à la prochaine édition du prix de la Fondation Pernod Ricard, c’est la conviction pure et simple que les fantômes existent. De manière très différente, ils traitent tous de ce qui est physiquement absent tout en affirmant néanmoins sa présence. Leur (notre) volonté de trouver des moyens de vivre avec une conjuration de spectres est un fil conducteur, plutôt qu’un thème, pour ce projet à plusieurs niveaux. Initialement, j’ai proposé au groupe d’organiser une série de six séances (chacune dirigée par un artiste) dans des lieux et avec des dynamiques et des invités de leur choix. Les cadres formels et conceptuels de l’exposition finale se développeront à partir de ce travail préliminaire.

Séance, de l’ancien français seoir (s’asseoir) et séant (postérieur), décrit une séance, une réunion prévue pour une durée déterminée et pendant laquelle on se livre de façon continue à une activité, à une occupation, en compagnie d’une ou de plusieurs personnes. En résumé, il s’agit d’une manière de penser ensemble et de reconnaître le silence autour duquel s’ordonne le discours. En ce sens, une séance implique toujours l’hospitalité. Bien au-delà de l’obtention d’un prix, l’aspect principal de ce projet est que tous ses participants sont influencés, affectés voire même transformés par les esprits déchaînés qui l’entourent.

Dans le célèbre entretien que Jacques Derrida a accordé aux Cahiers du Cinéma (1998, publié dans le n°556, 2001), il utilise le terme « séance » et l’idée de durée régulatrice qu’elle contient pour souligner les chevauchements entre la psychanalyse et le cinéma : « […] une séance de cinéma, ce n’est qu’un petit peu plus long qu’une séance d’analyse. On va se faire analyser au cinéma en Iaissant paraître et parler tous ses spectres. » En suivant son raisonnement, les fantômes manifestent des formes de différence inassimilable qui agitent et perturbent les conceptions homogènes de l’espace, du temps et de l’identité ou les /oppositions binaires entre vie et mort, conscience et hallucination, réalité et fiction, présence et absence, soi et l’autre.

On observe une autre référence importante à cette expérience collective dans le concept de haunting [hantise et obsession] de la sociologue Avery Gordon. Pour elle, être hanté ne s’apparente pas à être exploité, traumatisé ou opprimé, même si cela implique généralement un traumatisme. Le terme qu’elle utilise décrit un état affectif intense  dans lequel se manifeste une violence sociale réprimée ou non résolue, parfois très directement, parfois plus indirectement. Les situations de hantise surviennent quand le foyer devient étranger, lorsque l’on cesse d’évoluer dans un temps linéaire, lorsque nos repères dans le monde sont bouleversés, lorsque ce qui se trouvait dans l’angle mort de notre champ visuel devient visible.

Le fantôme – si l’on peut utiliser ce terme – exige son dû et requiert notre attention. Les fantômes nous rappellent de refuser toute représentation simpliste du présent vivant. Dans cette optique, je ne cherche pas à exorciser ces esprits, mais à en tirer des leçons (je crois qu’il en va de même pour les artistes). En janvier 2023, nous débuterons ce projet commun en /rendant visite aux fantômes de la gare Saint-Lazare.

Fernanda Brenner, commissaire du 24e Prix Fondation Pernod Ricard

 

Les artistes :

Ethan Assouline (1994, Paris) 
À travers sa pratique de la sculpture, de l’édition, de l’écriture et du dessin Assouline esquisse un rapport critique à la ville, dans sa dimension paysagère, économique et politique.

Sophie Bonnet-Pourpet (1988, Lyon) 
Sophie Bonnet-Pourpet a un goût prononcé pour les pratiques de l'offrir et les pratiques du sommeil, jouant de questions d'attention, de productivité et de gratuité, elle oscille en permanence entre travail déguisé et loisir déguisé.

Anne Bourse (1982, Lyon)
Son travail est parcouru de lignes et de lettres tourbillonnantes évoquant des dessins animés burlesques ou des fresques psychédéliques. Elles recouvrent la surface de livres, de vêtements et de papiers de toutes sortes. Sa pratique est essentiellement rythmée par le mouvement continu d’une écriture de soi.

Pol Taburet (1997, Paris) 
Son travail est un mélange capiteux et iconoclaste de références embrassant les origines caribéennes de l’artiste, les rites et les systèmes de croyance vaudou syncrétiques de la région, la culture contemporaine au sens large, ainsi que la peinture traditionnelle.

Eden Tinto Collins (1991, Essone) 
Poéticienne hypermédia, méta-trobairitz (féminin de troubadour en occitan), elle explore les notions de réseaux et d’interdépendance, les frictions entre mélancolie, mythologie et post-trans-cyber-humanité.

Ana Vaz (1986, Brasilia) 
Ana est une artiste et cinéaste dont la filmographie revisite et questionne le cinéma en tant qu’art de l’(in)visible et outil capable de déshumaniser l’humain, élargissant ses liens avec des formes de vie, autres qu’humaines ou spectrales.

Photo : (c) Mariana Maltoni

Dates
12 septembre - 28 octobre 2023
Horaires
Du mardi au samedi, de 11h à 19h
Nocturne mercredi jusqu’à 21h
Lundi sur rendez-vous
Entrée libre
Visites
Visites commentées gratuites
mercredi 12h, samedi 12h et 16h